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Où mordent vraiment les nouveaux droits de douane laitiers entre les États-Unis et le Canada

Les nouveaux droits de douane laitiers américains et canadiens couvrent les poudres, le lactosérum et le MPC, mais l'exposition est très inégale selon les flux.

Jasper Endlich
Jasper EndlichAnalyste produits laitiers et huiles
28 août 20263 min de lecture

Les discussions entre Washington et Ottawa se sont achevées sans accord, et les deux camps ont haussé le ton. Les États-Unis ont agi les premiers en ajoutant, le 22 août, un droit de 50 % sur une liste de produits canadiens, avec des lignes nommément consacrées à la poudre de lait écrémé et au NFDM, à la poudre de lait entier, au lactosérum, au MPC et aux protéines à haute teneur. Le Canada suivra le 8 septembre avec 50 % sur les mêmes groupes de produits américains et 25 % sur le fromage. La liste américaine, elle, laisse le fromage de côté.

Rapportés à ce que les usines américaines fabriquent réellement, la plupart de ces flux sont modestes. Les expéditions vers le Canada au premier semestre équivalent à 0,8 % de la production américaine de poudres de lait, à 4 % de celle de poudre de lactosérum, de WPC et de MPC, et à 0,3 % de celle de fromage. Le Canada n’achète par ailleurs qu’une faible part des exportations américaines totales dans la plupart de ces groupes.

Les protéines à haute teneur font exception. Le Canada absorbe 14 % des exportations américaines de ce groupe, si bien que le droit frappe un débouché réel et non un marché marginal. C’est là qu’il faut guetter une pression sur les prix américains. Ailleurs, les volumes représentent une part trop faible de la production pour déplacer à eux seuls l’équilibre intérieur.

Le lactosérum et le MPC, eux, sont les plus exposés dans les deux sens. Les États-Unis absorbent 60 % des exportations canadiennes de ce groupe, et le Canada fournit 29 % des importations américaines, soit environ 6 % de la production américaine de poudre de lactosérum, de WPC et de MPC. Si les volumes canadiens vers les États-Unis disparaissent, la Nouvelle-Zélande est déjà le premier fournisseur présent sur ce marché. Les expéditions canadiennes de lactosérum et de lactosérum modifié vers les États-Unis dépassaient, jusqu’en juin, celles des quatre années précédentes : il y a donc du volume réel en jeu.

À partir de là, deux effets tirent en sens contraire. Davantage de produit américain restant sur le marché intérieur pèserait sur les prix intérieurs, surtout pour les protéines à haute teneur, tandis qu’un accès plus difficile au lactosérum et au MPC canadiens jouerait en sens inverse pour les acheteurs qui les utilisent.

Les droits de douane arrivent sur un marché déjà en mouvement. Le fromage en blocs au CME est passé de 1,6000 $ vendredi dernier à 1,4950 $ à la clôture de jeudi, les barils se tenant mieux à 1,5750 $, sur fond de production élevée après les récentes extensions de capacité et de consommation plus molle. Le beurre a clôturé à 1,4600 $ et Vesper s’attend à ce qu’il reste faible et abondant dans les mois à venir. Le NFDM a pris le chemin inverse, clôturant à 1,8500 $ sur une tension intérieure qui a porté les prix américains à une prime d’environ 500 USD/mt sur le reste du monde. La poudre de lactosérum a clôturé à 0,7300 $.

Sous tout cela, le lait continue d’affluer. Les 24 principaux États ont produit 19,4 milliards de livres en juillet, en hausse de 2,3 % sur un an, le Texas progressant de 4,4 % grâce à 26 000 vaches supplémentaires et 15 livres de plus par vache. Les stocks de beurre restent inférieurs à ceux de l’an dernier, à 321,4 millions de livres, mais l’écart s’est resserré, passant de 8 % en mai à 3 % en juillet. Avec des marges confortables et des troupeaux qui continuent de s’étoffer, la question ouverte est de savoir ce qui sera fabriqué avec le lait supplémentaire, et où il trouvera preneur.