CacaoSucreProduits laitiersHuiles végétalesPrix

Décomposer la tablette de chocolat : les variations annuelles des prix des ingrédients

Comprenez les facteurs clés qui font varier les prix des ingrédients d'une tablette de chocolat. Avec la veille de marché de Vesper.

Megan Hidden
Megan HiddenCoordinatrice marketing
Publié le 19 juillet 2024 · Mis à jour le 11 novembre 20248 min de lecture

Dans un paysage mouvant des prix alimentaires, les prix du chocolat ont nettement augmenté, principalement en raison de mauvaises récoltes de cacao, avec un impact notable sur le coût des produits finis.

Aux Pays-Bas, cela s’est traduit par une hausse des prix en supermarché. Une tablette de 200 grammes de chocolat noir Côte d’Or coûte aujourd’hui sensiblement plus cher chez Albert Heijn, Jumbo et Plus qu’en début d’année. De même, une tablette caramel et sel de mer de Tony’s Chocolonely coûte plus cher chez Jumbo et chez Plus, Albert Heijn ayant appliqué la hausse de prix l’an dernier.

Cet article examine les variations de prix marquées, d’une année sur l’autre, des ingrédients d’une tablette de chocolat, ainsi que les forces qui les sous-tendent.

Comprendre ces variations de prix est essentiel pour décider en connaissance de cause dans l’industrie du chocolat. En analysant les facteurs à l’origine de ces évolutions, les entreprises peuvent mieux s’orienter sur le marché, optimiser leurs stratégies d’achat et ajuster efficacement leurs prix.

Sucre blanc

Au premier semestre 2024, le marché du sucre blanc a connu des variations de prix marquées sous l’effet de plusieurs facteurs clés. Stables au début de 2023, les prix avaient fortement reculé en novembre. Ce repli tenait avant tout à une production supérieure aux attentes dans de grandes régions comme l’Inde et le Brésil. En Europe, les prix ont fortement reculé sur un an (voir figure 1), avec des baisses comparables au Brésil (15 % sur un an), en Thaïlande (30 % sur un an) et sur le Sugar No. 5 (20 % sur un an).

Figure 1 : prix du sucre blanc pour West-EU en EUR/mt

La production sucrière indienne a joué un rôle important. Malgré des conditions météorologiques défavorables, l’Inde est parvenue à des niveaux de production supérieurs aux anticipations. Le pays a produit 32,8 millions de tonnes de sucre lors de la campagne 2023/24, dépassant les prévisions antérieures d’environ 30 millions de tonnes. Le gouvernement indien a toutefois imposé une interdiction d’exporter afin de stabiliser les prix intérieurs et d’assurer un approvisionnement local suffisant, ce qui a créé de l’incertitude sur le marché mondial.

Au Brésil, la région Centre-Sud a enregistré une hausse de 25,7 % de la production de sucre pour la campagne 2023/24 par rapport à l’année précédente, pour un total d’environ 38 millions de tonnes. Cette poussée a eu un effet marqué sur les prix mondiaux, le Brésil étant un grand exportateur de sucre. Les perspectives favorables de la campagne 2024/25 brésilienne, bien que légèrement en retrait, laissaient tout de même entrevoir un excédent, ce qui a nourri davantage le sentiment baissier du marché.

Au total, malgré une certaine volatilité liée à une météo défavorable et aux politiques d’exportation au début de 2024, la tendance d’ensemble est restée orientée à la baisse, avec un effet marqué sur la dynamique mondiale de l’offre et de la demande.

Beurre de cacao : +245 % et pâte de cacao : +193 %

Au premier semestre 2024, les prix du beurre de cacao se sont envolés de 245 %, à l’image des turbulences plus larges du marché du cacao, voir figure 2. Cette envolée s’expliquait avant tout par de mauvaises récoltes en Afrique de l’Ouest, dues à des conditions météorologiques défavorables, à des problèmes logistiques et à des maladies des cultures. Le recul de la production et des exportations de cacao des grandes régions productrices comme la Côte d’Ivoire et le Ghana a entraîné un déficit important de l’offre mondiale, ce qui a encore tendu le marché.

Les achats spéculatifs ont eux aussi joué un rôle important dans la hausse des prix. Les traders, et en particulier les fonds spéculatifs, ont massivement investi dans les contrats à terme sur le cacao, exerçant une pression haussière sur les prix par l’augmentation de la demande de contrats à terme. Cette activité spéculative se nourrissait du besoin prévisible, pour les producteurs de chocolat, de sécuriser leurs approvisionnements en cacao quel que soit le prix, du fait de la tension sur l’offre. Les industriels du chocolat n’ont donc guère eu d’autre choix que d’acheter du cacao à des prix élevés pour répondre aux besoins de production, ce qui a alimenté davantage les achats spéculatifs.

La pâte de cacao, autre dérivé du cacao, a enregistré une forte hausse de prix de 193 %, voir figure 2. Comme pour le beurre de cacao, cette poussée s’expliquait par des conditions météorologiques défavorables dans les principales régions productrices, aggravées par des maladies des cultures et des difficultés logistiques. La tension sur l’offre et la forte demande des industriels du chocolat, associées aux opérations spéculatives, ont contribué à la nette hausse des prix de la pâte de cacao.

Figure 2 : prix du beurre de cacao et de la pâte de cacao pour West-EU

Selon Willem Zimmerman, VP of Global Cocoa Trading and Sourcing chez Barry Callebaut Group, la filière du cacao fait face à un problème de fond. Il explique : « Historiquement, le cacao a été trop bon marché pendant trop longtemps, en particulier en Côte d’Ivoire et au Ghana, qui représentent 60 pour cent de l’offre mondiale. Ces prix bas ont conduit à un défaut d’investissement. Ce défaut d’investissement a abouti à un parc de cacaoyers vieillissant, dont le cycle de vie atteint jusqu’à 50 ans. À mesure que le parc vieillit, les rendements diminuent, ce qui impose des replantations et le recours à des intrants pour maintenir la productivité.

En résumé, le bouleversement du marché du cacao en 2024 résulte d’une combinaison de conditions météorologiques défavorables, de difficultés logistiques, de parcs d’arbres vieillissants et d’opérations spéculatives. Ces facteurs ont provoqué de fortes hausses de prix à la fois sur le beurre de cacao et sur la pâte de cacao, ce qui pose des difficultés aux industriels du chocolat comme aux traders.

Poudres de lait : poudre de lait entier +14 %, poudre de lait entier séchée sur cylindres +7 %

Les prix de la poudre de lait entier ont augmenté de 14 % par rapport à l’année précédente (voir figure 3). Cette hausse s’explique par une demande accrue des marchés d’exportation, une offre plus tendue et une gestion stratégique des stocks par les principaux producteurs.

Figure 3 : prix de la poudre de lait entier séchée sur cylindres pour l’Europe en EUR/mt

Les deux principaux moteurs de la hausse des prix de la poudre de lait entier ont été l’interaction entre des prix plus élevés du beurre et de la poudre de lait écrémé (PLE), ainsi que les contraintes d’offre venues de Nouvelle-Zélande, à l’approche de la fin de la campagne laitière du pays.

Les prix du beurre ont nettement augmenté par rapport à l’année précédente sous l’effet d’une combinaison de facteurs d’offre et de demande. Une production laitière faible dans des régions clés comme l’Irlande, où la production de beurre a reculé, a entraîné une réduction notable de l’offre. Malgré une forte hausse des prix à la fois dans l’UE et aux États-Unis, la consommation de détail est restée stable. Les acheteurs se sont précipités pour sécuriser des volumes à terme, ce qui a maintenu la demande à un niveau élevé.

Fonterra, la première coopérative laitière de Nouvelle-Zélande, a réduit ses offres, ce qui a tendu l’offre mondiale et créé des perspectives haussières pour la poudre de lait entier. Ces facteurs combinés (un mélange de demande accrue, de contraintes d’offre néo-zélandaises et de tendances de marché plus larges) ont contribué à la hausse de 14 % des prix de la poudre de lait entier par rapport à l’année précédente.

Si les prix de la poudre de lait entier comme ceux de la poudre de lait entier séchée sur cylindres sont influencés par des facteurs similaires, l’ampleur de leur effet varie, d’où une hausse de 14 % pour la poudre de lait entier contre 7 % pour la poudre de lait entier séchée sur cylindres. Cet écart s’explique par plusieurs facteurs subtils de la dynamique de marché. La poudre de lait entier séchée sur cylindres est souvent destinée à des applications industrielles spécifiques, qui n’ont pas forcément connu la même flambée de demande que la poudre de lait entier standard. Par ailleurs, la production et l’offre de la poudre de lait entier séchée sur cylindres peuvent différer légèrement, d’où un effet moins immédiat des tendances de marché plus larges qui touchent la poudre de lait entier standard.

MGLA (matière grasse laitière anhydre) : +45 %

Les prix de la matière grasse laitière anhydre (MGLA) ont progressé de 45 %, portés par une demande accrue et une offre tendue sur le marché laitier. À mesure que les prix mondiaux de la crème et du beurre montaient, la MGLA a suivi, à l’image de l’imbrication des prix des produits laitiers (voir figure 4). La crème, la MGLA et le beurre sont liés par leur origine commune et leurs étapes de transformation, la crème étant le point de départ de la fabrication à la fois du beurre et de la MGLA.

Comme indiqué plus haut, les prix du beurre ont connu une hausse substantielle sous l’effet d’une combinaison de facteurs d’offre et de demande. La forte demande de beurre, qui repose sur la crème comme intrant principal, a entraîné une hausse des prix de la crème. Malgré un taux de matière grasse du lait plus élevé que l’année précédente, qui a aidé à maintenir des disponibilités suffisantes en crème, la forte demande a tout de même poussé les prix à la hausse. Par conséquent, la hausse des prix de la crème et du beurre a directement influencé celle des prix de la MGLA, ces produits étant étroitement liés dans la production laitière

Figure 4 : prix du beurre, de la MGLA et de la crème pour l’UE et la France, selon le Vesper Price Index en EUR/mt

Lécithine de soja : -30 %

Les prix de la lécithine de soja ont reculé de 30 %, dans le sillage des tendances générales observées sur le complexe soja (figure 5).

Figure 5 : prix du soja et de la lécithine de soja en EUR/mt

Les prix du soja ont reculé au cours de l’année écoulée sous l’effet de plusieurs facteurs clés. L’offre de soja est restée abondante, en particulier chez de grands producteurs comme le Brésil et l’Argentine. La récolte brésilienne de soja s’est mieux comportée que prévu, avec des estimations de production comprises entre 145 et 154 millions de tonnes. La récolte argentine de soja a fortement rebondi, à environ 49–50 millions de tonnes, contre seulement 25 millions de tonnes l’année précédente. Par ailleurs, l’USDA prévoyait une récolte mondiale de soja importante pour l’année suivante, ce qui confortait les perspectives d’une offre abondante et contribuait à la baisse des prix.

Par ailleurs, la demande mondiale de soja, en particulier chinoise, a fluctué, avec une consommation de tourteau de soja en recul et un recours accru aux stocks domestiques. La crainte d’une résurgence de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine pourrait réduire la demande de soja américain et exercer une pression baissière sur les prix.

Noix de macadamia décortiquées : -41 %

Les prix de la noix de macadamia ont reculé de 41 % au cours de l’année écoulée en raison d’une forte hausse de la production mondiale. De grands producteurs comme l’Australie, l’Afrique du Sud et la Chine ont fait état de rendements en hausse. Selon The Australian Macadamia Society (AMS) la prévision de production mondiale de macadamia pour 2024 a été révisée à la hausse, à 339 200 tonnes (en coque, à 3,5 % d’humidité), soit une progression de 7,5 % par rapport à la récolte 2023. L’Afrique du Sud, la Chine et l’Australie devraient fournir l’essentiel de la récolte mondiale, à hauteur de 27 %, 20 % et 16,5 % respectivement.

Cette hausse de la production mondiale est attribuée à des conditions météorologiques favorables, à l’extension des surfaces cultivées et à de meilleures pratiques agricoles. Cette forte hausse de l’offre, conjuguée à une reprise plus lente de la demande, a fait tomber les prix à des niveaux non tenables pour les producteurs. De ce fait, de nombreux agriculteurs ont été contraints de vendre leurs noix de macadamia en dessous de leurs coûts de production.

Figure 6 : prix des noix de macadamia décortiquées pour l’UE 27, en EUR/mt

Envie de suivre ces prix en temps réel ? Découvrez Vesper gratuitement, ou réservez une démo offerte avec l’un de nos experts en matières premières.