De larges parts de la sole betteravière en France, en Belgique, aux Pays-Bas, dans le sud de l’Allemagne et au Royaume-Uni sont désormais hors d’atteinte de toute reprise significative de rendement, après une sécheresse prolongée et une période de fortes températures. Peu ou pas de pluie est annoncée pour les dix prochains jours, à environ 28 jours du démarrage de la campagne.
Les chiffres expliquent l’inquiétude des planteurs. En France, l’une des zones betteravières aux coûts les plus bas, le coût de revient au point mort est estimé à environ 3 000 € l’hectare. À un prix de betterave de 35 € la tonne, cela suppose des rendements d’au moins 86 tonnes à l’hectare. La dernière estimation JRC MARS situe les rendements français à 81,7 tonnes, sous cette ligne d’équilibre, alors même que Nordzucker continue publiquement de décrire la culture comme en bon état, un point de vue de plus en plus en décalage avec les données. Si les conditions actuelles se maintiennent, la production de sucre de l’UE hors éthanol s’oriente vers environ 13,5 millions de tonnes, ou 14,3 millions de tonnes en incluant le Royaume-Uni.
La pression n’est pas seulement au champ. Les perturbations d’approvisionnement en gazole liées à la fermeture du détroit d’Ormuz et aux limites de capacité russes pourraient renchérir encore les coûts de récolte. Les prix des engrais ont peu de chances de se corriger même si le pétrole se stabilise. Südzucker doit en outre honorer un versement supplémentaire de 10 € la tonne promis aux agriculteurs allemands ayant accepté de réduire leurs semis de betteraves cette campagne, une ligne de coût de plus au moment où les rendements déçoivent.
Dans ce contexte, les prix du sucre ont bougé vite. Une hausse du sucre à New York, déclenchée par des estimations de production brésilienne revues en baisse, a activé des stops de fonds et poussé les valeurs spot européennes à environ 30 € la tonne de la parité export, une fenêtre pour écouler une partie du stock supplémentaire que les transformateurs européens portent encore dans la nouvelle campagne : les stocks de l’UE s’établissaient à 8,36 millions de tonnes fin mai, contre 7,46 millions un an plus tôt.
La tension se voit aussi dans les résultats d’entreprises et les décisions industrielles. Nordzucker et Tereos ont tous deux publié de nouvelles pertes le trimestre dernier, et British Sugar a annoncé la fermeture après cette campagne de son usine de Cantley, la plus petite de ses sites britanniques, en invoquant des coûts énergétiques plus élevés malgré une modernisation de 11 millions de livres du système électrique du site l’an dernier.
Cet article fait partie d’une analyse de marché Vesper plus large consacrée au marché européen du sucre. Pour l’analyse complète, rendez-vous sur : https://app.vespertool.com/market-analysis/3314


