Le calendrier est ici toute la question. Un audit européen des producteurs de volaille brésiliens était la dernière chance réaliste du Brésil de préserver son accès à l’UE avant l’entrée en vigueur, le 3 septembre, des nouvelles règles sur les facteurs de croissance antimicrobiens. L’audit s’est achevé le 4 septembre, un jour trop tard pour changer quoi que ce soit, et Bruxelles n’a donné aucun calendrier pour rétablir l’accès, même en cas de résultat favorable.
Le Brésil a déjà vécu une version de cette situation. L’UE avait suspendu les importations de volaille brésilienne de mai à septembre 2025 après le premier cas commercial d’IAHP du pays, et les exportateurs avaient dû, déjà à l’époque, trouver des débouchés alternatifs. Cette expérience devrait jouer en faveur du Brésil cette fois, puisque la méthode pour réorienter les volumes existe déjà, si bien que l’impact sur les prix intérieurs brésiliens devrait être plus limité que le choc de l’an dernier, même si le coup de fond est tout aussi important.
Les volumes peuvent bouger, le mix produit est plus difficile
Le Japon, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Mexique sont tous des acheteurs établis de poulet brésilien, ce qui en fait les débouchés évidents pour du volume supplémentaire. Le mix produit ne colle pas aussi proprement. L’UE est très majoritairement un marché de poitrine désossée, et plus précisément de filet de poulet salé. Le Japon achète surtout des cuisses avec portion de dos et des morceaux de viande brune. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis importent surtout des volailles entières certifiées halal plutôt que des découpes. Le volume du Brésil vers le Mexique est un petit créneau poitrine-et-aile qui pèse bien moins de 2 % de la consommation mexicaine, éclipsé par les importations américaines de cuisse avec portion de dos. Les quatre pourraient tous, en cumulé, absorber plus de poulet brésilien ; aucun n’est un débouché naturel pour le filet de poitrine que l’interdiction de l’UE déplace.
Le Royaume-Uni est la porte ouverte. Il ne calque pas automatiquement la mesure de l’UE et ne devrait pas se prononcer sur la conformité du Brésil avant décembre. Le précédent est direct : après la suspension de mai 2025, les expéditions brésiliennes vers le Royaume-Uni ont bondi de 84 % sur un an en juillet et de 130 % en août, selon l’ABPA. Si cela se reproduit, les prix britanniques devraient subir une nouvelle pression baissière à mesure que le volume détourné arrive, creusant l’écart avec un marché européen qui évolue en sens inverse.
Le nord-ouest de l’Europe est déjà plein
Les prix néerlandais et belges n’ont pas bougé du tout la semaine dernière, et la pression sous-jacente continue de monter. Le prix de marché libre du poulet de chair à Barneveld s’est maintenu pour la troisième semaine consécutive entre 1,09 € et 1,11 € le kg, et la cotation du contrat VCN est restée inchangée à 1,04 €. Les deux restent bien en dessous de l’été dernier, quand Barneveld avait culminé entre 1,29 € et 1,31 €, et l’offre bien plus abondante venue désormais de Pologne, de Roumanie et de Hongrie maintient ce niveau hors de portée pour l’instant.
L’offre est plus que suffisante alors que les enlèvements sont lents, et les vendeurs signalent une concurrence croissante du filet bon marché venu d’Europe de l’Est. Les volailles arrivent aussi plus lourdes, autour de 3 kg, après que le coup de chaud a cédé la place à une repousse rapide, et les abattoirs poussent à des poids de livraison de 2 700 à 2 800 grammes. Dans le même temps, les coûts de l’aliment et du poussin d’un jour continuent de grimper, ce qui comprime les marges des éleveurs de l’autre côté.
L’Espagne fait exception, avec des prix départ abattoir en hausse de 1,2 % portés par la récente vague de chaleur et le sentiment que la situation de la maladie de Newcastle se stabilise. Dans les principaux pays suivis, le tableau de l’IAHP reste pour l’essentiel inchangé depuis la semaine 35.


