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Étude de cas

3 avr. 2023 · Lucian Gladstone

Gérer le risque de prix avec les produits dérivés : un partenariat avec Marex Solutions

Lucian Gladstone (Marex Solutions) : comment les contrats à terme, swaps et options couvrent le risque de prix du beurre et de la poudre de lait écrémé.

« Je crois que Vesper peut apporter de la transparence à un marché historiquement très opaque. »

En 2021, Vesper a entamé une collaboration avec Marex Solutions, une division de Marex Financial qui constitue le pôle solutions de couverture et d’investissement de Marex. Cette collaboration comprend un widget de cotation des contrats à terme et des swaps européens sur le beurre et la poudre de lait écrémé (PLE), disponible sur le dashboard Vesper.

Lucian Gladstone, qui couvre le marché laitier, vous en dit plus sur Marex dans cette étude de cas, ainsi que sur l’importance de la gestion du risque de prix.

Que fait exactement Marex, et quel est votre rôle au sein de l’entreprise ?

Le groupe Marex est une plateforme mondiale diversifiée de services financiers, qui apporte une liquidité essentielle, l’accès au marché et les services d’infrastructure à ses clients sur les marchés des matières premières, de l’énergie et sur les marchés financiers. Basé à Londres, avec 22 bureaux et plus de 1 100 collaborateurs dans le monde couvrant les régions EMEA et APAC ainsi que l’Amérique du Nord, Marex intervient sur cinq métiers principaux : tenue de marché, exécution et compensation, solutions de couverture et d’investissement, découverte des prix, données et conseil. Marex Hedging and Investment Solutions a été créé en 2017 pour aider les entreprises à couvrir leur risque lié à la volatilité des prix des matières premières et des devises. Au-delà de notre offre standard de contrats à terme et de swaps sur les produits laitiers, nous concevons et créons des solutions de gestion des risques sur mesure pour les agriculteurs, les coopératives, les traders, les exportateurs, les raffineurs et les consommateurs.

J’ai rejoint l’équipe laitière de Marex Solutions en 2020, après plusieurs années dans le secteur des services financiers, mais, adolescent, j’avais déjà travaillé dans une ferme laitière en France pendant mes vacances, pour améliorer mon français. J’avais auparavant couvert différentes matières premières, si bien que lorsque l’occasion s’est présentée de participer au développement de l’offre laitière chez Marex Solutions, je n’ai pas pu y résister. Mon rôle consiste à donner accès au marché et à y trouver de la liquidité, mais la pédagogie en est aussi une composante importante. L’utilisation de produits dérivés pour gérer le risque sur le marché laitier est relativement récente par rapport à d’autres matières premières. L’équipe laitière de Marex est par ailleurs une source d’information très utile, puisque nous sommes en contact permanent avec de nombreux acteurs du marché.

« La gestion du risque de prix à l’aide de produits dérivés permet aux acteurs du marché de couvrir leur exposition aux prix des produits laitiers qu’ils achètent et vendent, à court comme à long terme. »

En quoi consiste la gestion des risques, et quel rôle Marex joue-t-il dans ce domaine ?

Les marchés laitiers sont extrêmement volatils, un phénomène accentué par la réduction des programmes de soutien public et par les restrictions commerciales. Les prix laitiers sont exposés à des facteurs imprévisibles comme la météo, qui peut avoir un effet important sur les prix de marché.

La gestion du risque de prix à l’aide de produits dérivés permet aux acteurs du marché de couvrir leur exposition aux prix des produits laitiers qu’ils achètent et vendent, à court comme à long terme. Prenons un producteur qui reçoit d’un client une demande d’achat de beurre à prix fixe, pour une livraison dans dix mois : il hésitera à donner un prix sans se couvrir, car le prix peut monter fortement entre-temps et entraîner une perte sur le prix de vente. En achetant un contrat à terme sur le beurre et en vendant le beurre physique à prix fixe, le producteur peut se protéger contre toute évolution défavorable des prix et verrouiller sa marge.

Les marchés laitiers font face à des risques de plus en plus complexes et exigeants : la volatilité liée à une moindre réglementation et aux restrictions commerciales, les risques géopolitiques, la prise de conscience climatique et l’exposition au risque de change. Nous accompagnons nos clients laitiers dans la gestion de leur exposition à cette volatilité, mais aussi dans la saisie des nouvelles opportunités qu’offre le marché mondial.

« Marex mobilise de la liquidité, joue le rôle de passerelle facilitant l’accès au marché et peut aussi fournir des lignes de crédit pour financer les transactions. »

Comment fonctionne exactement la gestion des risques ? Marex passe-t-il par la Bourse ou par des produits dérivés de gré à gré (OTC) ?

Nous donnons à nos clients laitiers les outils dont ils ont besoin pour gérer leur exposition au risque. Le desk laitier propose à la fois des dérivés négociés en bourse (ETD) et des dérivés de gré à gré (OTC) sur les marchés européens (EEX), en Asie-Pacifique (SGX, anciennement NZX) et aux États-Unis (CME). Les deux ont leurs avantages, mais de natures différentes. Par exemple, sur les dérivés négociés en bourse, le contrat est standardisé, alors que presque tous les aspects d’un contrat OTC peuvent être adaptés. Quand vous négociez des contrats à terme, l’avantage est d’avoir la Bourse comme contrepartie. Les dérivés OTC ont eux aussi leurs avantages, comme le financement disponible et certains contrats qui ne sont pas proposés en bourse (par exemple le lait BLE, le fromage ou la poudre de lait entier en Europe).

Les principaux outils utilisés pour la couverture laitière sont les swaps, les contrats à terme et les options. Les swaps et les contrats à terme vous permettent de participer un pour un au marché sous-jacent afin de compenser votre exposition.

Les options donnent à l’acheteur le droit, mais non l’obligation, d’acheter (option d’achat, ou call) ou de vendre (option de vente, ou put) un produit (par exemple du beurre ou de la poudre de lait écrémé) à un prix et à une date convenus dans le futur. En échange, l’acheteur de l’option verse une prime (comparable à une prime d’assurance) au vendeur de l’option.

Marex mobilise de la liquidité, joue le rôle de passerelle facilitant l’accès au marché et peut aussi fournir des lignes de crédit pour financer les transactions.

La gestion des risques est un concept relativement nouveau dans l’industrie laitière. Pouvez-vous expliquer comment utiliser Marex (et le widget Marex sur Vesper), et comment Marex entend changer la donne ?

Les dérivés laitiers présentent plusieurs avantages, parmi lesquels la gestion du risque de prix au service de la stabilité des résultats, des prévisions budgétaires précises et une prise de décision stratégique.

Par exemple, un agriculteur n’a que très peu de visibilité à l’avance sur le prix du lait qu’il produit, puisque celui-ci est calculé après la livraison. Cela crée une incertitude quant à sa capacité à honorer ses remboursements d’emprunts ou à couvrir d’autres coûts d’expansion. En utilisant des contrats à terme, il peut garantir le prix du lait qu’il percevra pour au moins une partie de sa production.

Du côté des consommateurs, une boulangerie qui achète chaque année des milliers de tonnes de beurre pour fabriquer des croissants dispose d’un budget. Si le prix du beurre augmente de 50 %, elle aura du mal à tenir son budget achats. En utilisant des produits dérivés, elle peut gérer son exposition au prix du beurre jusqu’à trois ans à l’avance et garder la maîtrise de ses prévisions budgétaires.

Avec notre expertise et notre technologie portée par notre plateforme Agile, nous voulons transformer le marché de la gestion des risques laitiers par notre service, notre souplesse et notre transparence.

« Dans un monde de plus en plus guidé par les données, disposer de la bonne information, dans un format accessible et au bon moment, est essentiel. »

Comment Vesper aide-t-il Marex à apporter des bénéfices à ses utilisateurs et au-delà ?

Je crois que Vesper peut apporter de la transparence à un marché historiquement très opaque. Dans un monde de plus en plus guidé par les données, disposer de la bonne information, dans un format accessible et au bon moment, est essentiel. Toute personne qui prend des décisions d’achat, de vente ou de planification stratégique, et qui dispose de données actuelles et historiques ainsi que de la capacité à maîtriser les prix qu’elle percevra à l’avenir, sera en position de force pour faire le bon choix.

Comment se former à la gestion des risques quand on débute ?

Un bon point de départ consiste à regarder les indications de prix quotidiennes du beurre et de la poudre de lait écrémé que nous publions sur la plateforme Vesper. Elles permettent aux utilisateurs de Vesper de cerner les opportunités actuelles sur le marché des contrats à terme et de réfléchir à la façon de les mettre en œuvre dans leur activité. En travaillant avec l’équipe de Marex Solutions, ils peuvent ensuite accéder au marché pour négocier à ces prix.

L’équipe laitière de Marex Solutions est aussi toujours prête à expliquer aux entreprises les différents outils de gestion des risques existants et à les former. Nous travaillons régulièrement en étroite collaboration avec des entreprises pour les aider et les conseiller dans la mise en place de stratégies de gestion des risques au sein de leur activité.

À l’avenir, nous souhaitons prolonger notre collaboration avec Vesper en mettant en place une fonctionnalité pédagogique, qui donnera aux utilisateurs de Vesper accès à des informations sur les outils de gestion des risques et sur les façons de les utiliser au quotidien.

« Je pense que, dans les prochaines années, la demande d’outils de gestion des risques va croître de plus en plus en Europe. Nous voyons déjà les volumes négociés progresser de façon exponentielle d’une année sur l’autre. »

Nous pensons aussi que ce sera un atout majeur pour beaucoup, car peu d’acteurs utilisent encore les outils de gestion des risques pour se couvrir.

Ce marché reste peu développé en Europe. Ces outils y sont moins utilisés que sur d’autres marchés, il reste donc beaucoup de place pour la croissance et le développement. On le voit aux États-Unis, où l’usage des outils de gestion des risques est bien plus répandu. Je pense que, dans les prochaines années, la demande va croître de plus en plus en Europe. Nous voyons déjà les volumes négociés progresser de façon exponentielle d’une année sur l’autre.

Puisque vous parlez des États-Unis, le CME couvre bien plus de produits pour les États-Unis que pour l’Europe. Pensez-vous qu’il existe en Europe une demande pour d’autres produits (en s’appuyant par exemple sur le Vesper Price Index), comme le fromage ou le lactosérum, qui affichent aujourd’hui des prix record ?

Certainement. En ce moment, il y a beaucoup d’intérêt pour les trois contrats négociés sur l’EEX : le beurre, la poudre de lait écrémé et le lactosérum. Il existe aussi une demande pour des contrats sur le lait liquide, en particulier le lait BLE. Il en va de même pour le fromage. Le marché du fromage est immense en Europe, sans doute plus grand que celui du beurre et de la poudre de lait écrémé. Ce marché est le prochain grand chantier des dérivés laitiers européens.

Le CME est bien plus négocié que l’EEX. Pourquoi, selon vous ?

Je crois qu’il y a plusieurs raisons à cela. D’abord, les contrats laitiers du CME existent depuis bien plus longtemps, ce qui a laissé au marché le temps de s’installer. Structurellement, les marchés physique et à terme y sont aussi bien plus intégrés qu’en Europe. Je pense que c’est aussi parce que les dérivés laitiers sont en Europe un produit relativement nouveau, que beaucoup de gens ne connaissent pas nécessairement. Un producteur qui veut changer la façon dont il travaille depuis trente ans doit d’abord mettre en place ces changements dans la structure de son entreprise. C’est quelque chose qui prend du temps à installer, mais qui viendra certainement. Les gens doivent d’abord s’y habituer et comprendre comment le produit fonctionne. Apporter de la transparence et de la modernisation au marché laitier est une chose dans laquelle je vois énormément de valeur.