La volatilité réalisée des contrats à terme sur le cacao a dépassé 90 % ces dernières semaines, des écarts de prix quotidiens de 5 à 6 % étant devenus la norme plutôt que l’exception. Les contrats londoniens ont regagné près de 10 % sur la seule séance de lundi, un retournement qui a pratiquement effacé la forte hausse de la dernière semaine de juin.
Le moteur n’est pas une nouvelle isolée. Ce sont des fourchettes achat-vente larges et une liquidité mince, amplifiées par des opérateurs algorithmiques et des spéculateurs de court terme emportés par le mouvement, et par des bourses qui relèvent en réponse les exigences de marge. Par-dessus se superposent des signaux contradictoires des deux côtés du marché. Les rapports de production font état de comptages de cabosses en amélioration mais toujours médiocres en Afrique de l’Ouest, tandis que les données de demande sont tout aussi mitigées : les volumes de broyage progressent, mais l’appétit réel des chocolatiers reste tiède.
Cette tension est apparue nettement dans les chiffres de broyage européens du deuxième trimestre, tombés à leur plus bas niveau trimestriel hors années de pandémie depuis 2015, un recul plus marqué que ce qu’anticipaient les analystes. L’Asie a raconté tout autre chose, affichant sa plus forte hausse trimestrielle de broyage depuis au moins dix ans à mesure que la capacité de transformation s’y développe. Le broyage de la Côte d’Ivoire a lui-même progressé de 22 % sur un an en juin.
Les grands chocolatiers tentent de s’isoler de nouveaux à-coups. Mondelez dit vouloir devenir une « entreprise moins dépendante du cacao », en s’appuyant sur la reformulation et même sur les technologies de chocolat issu de cultures cellulaires, tandis que Hershey met en avant une meilleure visibilité sur les comptages de cabosses, la météo et les tendances des engrais comme outils de gestion de la volatilité plutôt que de tentative de timing.
La vraie question porte sur la prochaine récolte. Les perspectives de la NOAA pointent un El Niño se renforçant sur le reste de l’année, une configuration qui a historiquement asséché les régions productrices ouest-africaines et pesé sur les rendements. StoneX projette désormais un excédent 2026/27 réduit à seulement 25 000 tonnes, en net recul par rapport aux plus de 400 000 tonnes prévues pour la campagne en cours. Pour les équipes achats détenant encore une couverture à terme significative, le message des opérateurs est constant depuis des mois : acheter les creux quand ils se présentent, car un marché plus calme ne paraît pas imminent.


