L’Inde envisage de supprimer la taxe de 100 % sur les importations de sucre afin de laisser entrer jusqu’à 500 000 tonnes au quatrième trimestre, son premier achat significatif depuis 2017/18. La proposition répond à des prix intérieurs record et à une mousson très en deçà des attentes : le prévisionniste Skymet a ramené son estimation de précipitations à 85 % de la moyenne de longue période, portant la probabilité de sécheresse à 70 %.
La faiblesse dépasse cette campagne. Le déficit de mousson actuel continuera de peser sur l’offre indienne de canne jusqu’en 2027/28, ce qui explique que certaines estimations précoces pour cette campagne pointent déjà vers un déficit mondial. Cela déplace le cadre de lecture du marché : un cycle sucrier dominé par l’excédent et des prix faibles jusqu’à la fin de l’année commence à se revaloriser autour de la perspective d’une offre plus tendue en Inde, en Thaïlande et en Europe à plus long terme.
Les contrats à terme ont réagi. Le marché mondial a lu de la force dans la perspective d’une demande indienne, même à des volumes relativement modestes, et une fois ce risque intégré, l’attention devrait se porter sur le broyage brésilien en cours, où la production pourrait elle aussi ressortir sous le plan si des prix de l’éthanol plus fermes attirent davantage de canne vers le carburant plutôt que vers le sucre. Le positionnement des fonds a suivi : l’exposition nette acheteuse sur le contrat de référence sucre brut de New York a doublé depuis début juin pour atteindre son plus haut niveau depuis le quatrième trimestre 2024, quand les prix approchaient 22 cents la livre.
Le tableau européen de l’offre ajoute à cette tonalité tendue. L’observatoire de cultures de l’UE, JRC MARS, a abaissé sa prévision de rendement betteravier pour la campagne, les rendements français étant les plus touchés par des canicules estivales successives, l’Allemagne étant elle aussi revue en baisse. L’estimation d’offre sucrière européenne de Vesper a été réduite pour refléter la sécheresse. Les marges de raffinage s’élargissent également : la prime du sucre blanc sur le brut a atteint son niveau le plus élevé depuis 2024, signe que le marché intègre une disponibilité plus tendue en sucre blanc en plus de la tension sur le brut.
Pour l’heure, rien de tout cela n’annonce une pénurie immédiate. Les stocks européens restent amples et la récolte brésilienne demeure importante au regard de l’historique. Mais la direction prise, une mousson indienne faible, une betterave européenne éprouvée et un broyage brésilien tiraillé par l’éthanol, est cohérente, et c’est pourquoi le marché commence à traiter la tension de la campagne prochaine bien avant que les chiffres ne soient confirmés.


